DOSSIER : Le monde d’après à l’épreuve de l’effondrement

Un jour après, un monde peut-être : Le Coronavirus, un fantasme collapsologique ?

L’été et le doux son des vagues s’approchant, le Covid-19 s’éloigne petit à petit des esprits. Retour sur la pandémie avec des étudiants du campus Sciences Po de Caen. Une rencontre pour parler de collapsologie à l’aune d’une crise sanitaire et écologique. Entre espoirs et désillusions, comment envisagent-ils le « monde d’après » ?

L’Histoire retiendra à coup sûr que le 11 mai marqua la fin du « Grand confinement » français … et ce qui aurait dû être le début des partiels à Sciences Po Rennes si l’épidémie du SARS-CoV-2 n’avait pas frappé. Comme pour l’organisation de ces partiels en distanciel, le « monde d’après » annoncé depuis la fin du « Great Lockdown » est lui aussi sujet à de virulentes polémiques : quel sens donner à ce redondant tic de langage médiatique ? Pour le moment, il semble bien que certaines mauvaises habitudes du « monde d’avant » aient perdurées … Avec le déconfinement entamé depuis le 11 mai bientôt mené à terme, Paris a retrouvé son habituel flot grisonnant d’embouteillages et ses insultes folkloriques. La pollution de l’air atteint d’ores et déjà 80% de son niveau d’avant confinement dans la capitale.

Spécialisés dans les questions environnementales, les sciencepistes caennais interrogés apportent un éclairage sur les crises que nous traversons. Ils se sont retrouvés autour d’un intérêt commun pour la collapsologie, bien que leurs opinions soient parfois opposées à son sujet, ne serait-ce en ce qui concerne sa définition. La discipline collapsologique se présente comme une science de l’effondrement de notre civilisation thermo-industrielle, et ambitionne d’être reconnue comme telle. Mais ce discours scientifique n’est-il pas aussi une idéologie et un courant de pensée ? La collapsologie pourrait chercher à jeter le voile sur cette nature pour se penser au-dessus des autres idées politiques et devenir incontestable. De plus, si un parallèle scientifique entre crise sanitaire et crise écologique peut être facilement tracé, en ligne de mire l’effondrement de la civilisation thermo-industrielle est-il certain ou probable ? Cela a des implications majeures pour penser le monde de demain : Les étudiants interrogés sont-ils plutôt optimistes ou pessimistes ? Vous découvrirez leurs points de vue contrastés à travers différents thèmes. Pour commencer, remonter aux origines du SARS-CoV-2 sera l’occasion de mettre en lumière la nature fondamentalement écologique (peut-être même collapsologique) de la crise sanitaire. Puis, au fil des questions se poseront aussi des problèmes de santé publique pour le « monde d’après », ainsi que des changements sociétaux encore plus profonds sur les mobilités et la consommation.

Crise environnementale et coronavirus : Vivre et survivre dans le monde d’après

Les premières pistes pour expliquer l’apparition du SARS-CoV-2 chez l’homme ont fait l’état d’une transmission par l’animal. Le pangolin a d’emblée été cité comme « coupable » de l’épidémie. Le coronavirus présent naturellement chez cette espèce étant en grande partie similaire à celle qui touche aujourd’hui l’Homme (ressemblance allant de 90% à 98%). En dressant le portrait de cette espèce exotique, on a redécouvert qu’il s’agissait aussi d’un mammifère menacé d’extinction à cause du braconnage et de la destruction de son habitat. Peu connue, cette mignonne créature est rapidement devenue une star des réseaux sociaux malgré elle.

La crise du coronavirus souligne le danger mortel de la déforestation et du changement climatique en tant que facteur d’aggravation des épidémies d’origine animale. Selon l’agence des Nations Unies pour l’Environnement 75% des maladies infectieuses émergentes proviennent des animaux. Si l’on jette un œil sur l’histoire des grandes épidémies, on observe quasi systématiquement ce mode de transmission : Les pestes véhiculées par les rats furent inoculées à l’homme via les piqûres de puces, le MERS par le dromadaire. L’épidémie d’Ebola est notamment attribuée aux migrations de chauve-souris contraintes de se rapprocher des zones peuplées en raison de la destruction de leur habitat naturel par l’Homme. Préserver la biodiversité et éviter la rupture des équilibres naturels apparait donc être un impératif pour survivre dans le « monde d’après ». 

Quelle est votre interprétation de cette crise sanitaire ? Est-elle influencée par la collapsologie ?

Les sciencepistes de Caen sont convaincus que la crise sanitaire que nous vivons est avant tout une crise écologique. Pour Yoann, la pandémie tire la sonnette d’alarme au sujet du problème de la surpopulation. Aux origines premières de la crise on retrouve d’abord l’Homme. Se révélant être une espèce invasive, il est responsable de la création des conditions qui mènent à la transmission et à la diffusion du virus : La démographie galopante pousse les populations vers les espaces naturels. À la recherche de terres pour s’installer et cultiver, elles défrichent au passage des réservoirs de biodiversité et de virus. Pascaline attire justement notre attention sur les questions d’alimentation et de consommation de produits d’origine animale. L’exploitation animale et le braconnage des espèces protégées sont des éléments centraux dans la transmission des agents pathogènes. Nos rapports avec les animaux présentent ici un risque, il importe donc de les réduire. « L’Homme chez lui, les animaux chez eux » Telle sera la nouvelle maxime du « monde d’après » ? 

« Mon interprétation de la crise est définitivement influencée par la collapsologie », affirme Yoann, parce que cette dernière a montré : « le caractère systémique de notre mode de vie ». La collapsologie insiste en effet dans ses démonstrations sur les interrelations entre les causes économiques, politiques, sociales, environnementales, voire plus encore, de l’effondrement. Une crise écologique entraine une crise sanitaire, elle-même provoquant une crise économique. Cette pandémie est pour lui représentative d’un mode de vie fonctionnant comme un système complexe, créant et auto-entretenant les liens de cause à effet conduisant in fine à notre propre malheur.

Un monde d’après sous le signe du risque collapsologique

Or, le Covid-19 pourrait bien n’être que la première pandémie de masse d’une longue série. Dans le « monde d’après » nous aurons d’autant plus conscience de notre vulnérabilité. C’est un véritable enjeu de santé publique qui rejoint ici l’écologie : Le risque sanitaire sera-t-il surmontable ? Dans son ouvrage Devant l’effondrement, essai de collapsologie paru en septembre 2019, le collapsologue Yves Cochet s’interrogeait déjà : « Une souche virulente aussi mortelle qu’Ébola et aussi contagieuse que la grippe se propagera-t-elle rapidement au monde entier, sans qu’une réponse sanitaire ait pu être mise au point ? ». Pour l’ancien ministre de l’écologie et député, à l’aube d’un effondrement général de notre civilisation industrielle (qu’il estime entre 2025 et 2030) le Coronavirus et la crise économique qui s’annonce pourraient être des facteurs décisifs et accélérateurs du processus. Il vit depuis reclus dans sa propriété de la campagne rennaise, se préparant pour l’effondrement. La collapsologie qu’il présente dresse un portrait bien peu réjouissant, voir même angoissant de notre avenir. Qu’en pensent nos sciencepistes caennais ? L’effondrement est-il bel et bien à craindre ? 

Quelle est votre position vis-à-vis de la collapsologie ?

Leurs points de vue sont particulièrement contrastés à ce sujet. Pascaline est catégorique : « La collapsologie est une réalité qui adviendra d’ici 30-50 ans ». Néanmoins, elle se montre très réaliste : Il ne s’agira en rien d’une caricaturale « fin du monde », mais plutôt d’une crise de grande ampleur qui viendra définitivement bousculer et mettre à mal notre système. Yoann est quant à lui plus prudent. Considérant la situation économique, politique, sociale et environnementale actuelle, l’effondrement devient certes de plus en plus probable. Cependant, il n’est en rien inéluctable. L’étudiant pense justement que la discipline collapsologique est avant tout une source de solutions. Elle permet : « d’avoir une approche pluridisciplinaire et systémique des problèmes sociétaux », ainsi qu’une : « vision des enjeux et des conséquences de la situation de crise actuelle ». À son avis, il faudrait donc que la collapsologie devienne une discipline académique, qu’elle s’institutionnalise et se démocratise à l’université. À cet égard, il cite l’exemple de la nouvelle licence Sciences Monde Durable de l’Université Paris Sciences et Lettres qui ouvrira à la rentrée prochaine. À l’inverse, Louis se montre beaucoup plus sceptique. Il a d’abord été séduit par la façon dont les collapsologues, Pablo Servigne entre autres, abordent la crise écologique. Il trouvait leurs discours plus réalistes, en comparaison avec ceux des écologistes classiques déclarant : « Nous avons X années pour sauver la planète et l’humanité avec », mais dont le délai était à chaque fois rallongé … Il a depuis pris ces distances avec la collapsologie. Reconnaissant que : « l’avenir ne s’annonce pas radieux sous plein d’aspects », il regrette que l’on retrouve dans le corpus collapsologiste : « Des références à des personnalités peu fréquentables, des milieux survivalistes d’extrême-droite, complotistes, ou à des théories assez controversées ».

Pandémie et effondrement : Une question de santé publique pour le monde d’après

La pandémie que nous vivions confronte chacun à sa condition d’être mortel. L’humanité est brutalement mise face à ses responsabilités, et à sa possible autodestruction. Subitement, l’Homme réalise qu’il n’est plus tout à fait invincible … et le souvenir de la dramatique peste noire de 1347-1352 resurgit avec ses quelques 25 millions de victimes européennes. De la même façon, l’effondrement annoncé par les collapsologues a des implications majeures en ce qui concerne la santé psychique dans le « monde d’après ». Les thèses collapsologiques ont trouvé dans la crise sanitaire une caisse de résonance sans précédent. Sur le plan émotionnel, prendre conscience de la situation écologique et de la finitude du monde peut être un processus douloureux. En témoigne l’ampleur croissante de l’éco-anxiété (ou solastalgie) particulièrement chez les jeunes. Elle pourrait devenir le nouveau mal du siècle dans le « monde d’après ». Ce fort sentiment de détresse causé par la dégradation de la nature peut même se transformer en une véritable maladie : insomnie, anxiété incontrôlable, dépression, culpabilité. Qu’en est-il pour les sciencepistes caennais ? Quel impact la collapsologie peut-elle bien avoir sur eux ?  

La collapsologie vous enjoint-elle à être nécessairement pessimiste, résigné, voire éco-anxieux ? Ou à l’inverse vous donne-t-elle plutôt des outils pour trouver des solutions ? 

Les étudiants interrogés sont divisés sur la question du pessimisme. D’une part, Pascaline et Louis se sont tous les deux trouvés affectés par les thèses collapsologistes lorsqu’ils en ont pris connaissance pour la première fois. Pour l’étudiante, qui se sentait encore coincée entre résignation et anxiété presque un an après sa découverte de la collapsologie, la période de confinement a été particulièrement compliquée : « Les moyens d’action m’apparaissaient fermés » confesse-elle. Ils ont tous deux mis en place des stratégies pour éviter la résignation. Si Pascaline essaye de se détacher de la collapsologie pour continuer à avancer, Louis essaye quant à lui de trouver une position médiane : « J’essaye, parfois avec succès, parfois non, de me projeter sur un avenir à moins long terme qu’avant », cela pour : « Ne pas avoir à concevoir un chemin de vie qui soit totalement dépendant de l’hypothèse de l’effondrement, ou de l’hypothèse du non-effondrement ». À l’inverse, Yoann se montre catégorique : « La collapsologie me pousse à agir contre cet effondrement » affirme-il, car : « la peur est plus stimulante que l’espoir », reprenant ici la thèse de Kristen Passyn et Mita Sujan, dans leur ouvrage Self-Accountability, Emotions and Fear Appeals : Motivating Behavior. Loin d’être frein à l’engagement, la collapsologie pourrait être un facteur de mobilisation contre toute résignation, d’où l’intérêt de diffuser les enseignements de cette science à une plus large échelle. Pour Louis, la collapsologie regorge d’intérêts : penser la non-linéarité des phénomènes, prévenir les risques … Mais il se montre dubitatif sur sa capacité mobilisatrice. Loin de remettre en cause les qualités de cette discipline, il souligne que cette dernière a tendance à mettre ostensiblement en avant son aspect scientifique. Utilisant le suffixe « logie », elle jette donc le voile sur sa composante fortement idéologique (qui en elle-même n’est pas problématique). Or, selon les mots de l’étudiant, la collapsologie cherche ainsi : « à s’extraire de sa condition pour se penser au-dessus des autres idées politiques ». Devenus gardiens d’une science incontestable, les collapsologues les plus radicaux ont tendance à ne plus entendre les arguments allant dans le sens contraire, et deviennent convaincus que l’effondrement adviendra nécessairement. Le risque majeur pour Louis étant alors la dépolitisation de nombreux sujets, tout devenant science. Dans le « monde d’après », les jeunes, résignés, chercheront à préparer la prochaine crise de grande ampleur, plutôt que de se rassembler pour lutter politiquement contre les causes de l’effondrement. Pour l’étudiant, c’est pourtant dans ce type d’engagement que résident les changements pour le « monde d’après » : « La collapsologie semble davantage inviter à construire un éco-village (sans doute intéressant, quand il reste ouvert sur le monde) qu’une ZAD (qui se présente, à mes yeux, comme l’espace politique le plus pertinent à l’heure actuelle) ». 

Le monde d’après, entre espoirs et réalité

Après avoir abordé avec les étudiants le thème de la collapsologie, reste à savoir ce qu’ils espèrent pour le « monde d’après ». L’étrange période commencée en mars a sans doute été propice aux remises en question et autres réflexions. De quel monde ont-ils rêvé ? Sont-ils confiants, ou la perspective d’un possible effondrement ruine-elle leurs espoirs ?   

Crise écologique et sanitaire : Une remise en cause de l’hypermobilité ?

Avec le confinement, la France des transports s’est figée. Le moteur à explosion et la révolution des transports nous avaient fait prendre l’habitude de pouvoir nous déplacer vite et loin en permanence. Cloîtrés chez nous un mois et demi, nous avons pu voir à quel point nous sommes dépendants des mobilités, voire addicts. Les déplacements rythment notre vie et définissent notre place dans une société où voyager est une activité socialement valorisée. En nous forçant à rester immobiles aussi longtemps, le confinement pouvait nous faire prendre conscience de notre suractivité. Notre existence est devenue à la fois plus lente et plus verte, nos modes de transports dépendant à 95% du pétrole, mais aussi plus chaotique … En témoignent les récits des rapatriés de l’étranger confrontés aux annulations de vols, à la fermeture des aéroports, ou encore les étudiants internationaux restés en France ne pouvant pas retrouver leur famille. Face à notre empreinte carbone, voudra-t-on encore voyager dans le « monde d’après » ? On peut légitimement se poser la question en ce qui concerne l’année d’étude à l’étranger de Sciences Po. Elle est devenue une véritable Institution. Obligatoire pour chaque étudiant, elle est présentée comme une expérience formatrice, symbole d’une ouverture d’esprit. Mais les riches expériences d’une année à l’étranger peuvent-elles contrebalancer l’empreinte écologique émise ? Ou alors est-ce faire un mauvais procès à cette année synonyme de découvertes ?     

Avez-vous encore envie de voyager ? Que pensez-vous de l’année d’études obligatoire à l’étranger de Sciences Po ?

Yoann et Pascaline en sont persuadés : cette année à l’étranger leur pose un véritable dilemme. Leur conscience écologique est rudement mise à l’épreuve par un mode de transport nécessaire mais particulièrement polluant : l’avion. Néanmoins, ces deux sciencepistes n’entendent pas renoncer aux voyages : « Ça serait mentir de dire que je n’ai pas envie de partir, et il y aurait là à faire un travail de deuil » admet Yoann. De son côté, Pascaline ne se résigne pas et dit vouloir plutôt privilégier les destinations européennes. Ainsi, elle devrait normalement partir dans la capitale norvégienne pour son deuxième semestre. Entre conscience de son empreinte écologique et excitation du départ, c’est un vrai travail d’équilibriste que doit mener le Caennais qui devrait partir en Russie. Résumer un voyage uniquement aux modes de transports utilisés serait réducteur, c’est pourquoi il insiste sur ce qu’il pourra tirer de cette expérience : « C’est aussi aller comprendre les modes de vie, de production, de consommation, quelle conscience écologique ont les populations, ce que l’on peut faire pour changer les choses ». Il s’agit alors de partir à l’étranger avec un projet écologiste qui donnera du sens à cette expérience, en évitant de voyager loin si la grande distance n’est qu’une fin en soi. Cette expérience russe sera l’occasion d’observer et d’interroger le mode de développement du géant énergétique. Cette grande puissance spécialisée dans la production et l’exportation d’énergies fossiles vit actuellement une catastrophe industrielle de grande ampleur en Sibérie orientale, après l’importante fuite de diesel d’un réservoir à Norilsk. Cette dernière aurait été provoquée par l’effondrement du sol, lui-même lié au dégel du permafrost. L’Arctique est désormais menacé par une marée noire. Pour l’étudiant, cet exemple est symbolique d’une crise écologique qui se joue en réalité à plusieurs échelles : « On ne peut pas résoudre le problème si on ne pense pas aux pays émergents et en voie de développement qui essayent de s’insérer dans le système libéral et capitaliste au lieu de se développer sur des modèles alternatifs », soutient-il. 

Le modèle économique post-pandémie : Un autre monde ?

Difficile de dire si cette crise aura eu un impact positif sur l’environnement … tant l’intensité et la nature de la reprise économique sont encore incertaines : Une relance de l’activité par les mêmes méthodes que celles de 2008 pourrait être un désastre pour l’environnement. Quel modèle économique pour le monde post-pandémie ? Une sortie de crise par des plans d’investissements verts pourrait être une solution aussi durable qu’efficace. C’est ce que souligne une étude d’économistes de l’université d’Oxford. L’heure d’envoyer au bûcher les pollueurs du monde d’avant sonne, mais les États ne l’entendent pas de cette oreille … sur 7300 milliards de dollars débloqués au niveau mondial pour faire face à la crise, seulement 4% des fonds devraient aller à des « projets verts » estiment les économistes anglais. En France, le projet de loi de finance rectificative prévoit 20 milliards d’euros pour les secteurs stratégiques. Comme en 2008, des secteurs polluants reçoivent une aide financière massive, comme l’automobile ou l’aéronautique. Ce dernier secteur en crise représente 3 à 4% des émissions mondiales de CO2. Le gouvernement français se défend de signer « un chèque en blanc » aux entreprises. Il leur demande de s’engager dans une économie décarbonée, mais se refuse pour autant à faire adopter des mesures contraignantes ou de plans d’action pour verdir le secteur. 

Quel modèle économique et de développement espérez-vous pour le monde post-pandémie ?

Sans surprise, les étudiants interrogés espèrent ardemment un monde plus vert. L’horizon dépeint par la collapsologie souligne l’importance de prendre des mesures rapides pour ne pas délibérément foncer dans le mur … Pour Yoann, les crises que nous traversons soulignent justement le caractère non-durable de notre économie, sa fragilité, et la non-viabilité des stratégies de développement actuelles. Pour le « monde d’après », Pascaline espère donc des modes de développement plus sobres et locaux, une croissance que Yoann qualifie lui de « raisonnée », respectant les limites ainsi que la finitude de la Terre et des êtres humains. Ce modèle passerait par le respect d’une réglementation environnementale stricte appliquée par des entreprises mettant en place des démarches de responsabilité sociale et environnementale (RSE) ambitieuses. Pour les sciencepistes Caennais, un tel modèle passe aussi par une réduction des inégalités de toute nature (salariales, entre individus, entre pays), et par l’avènement d’une société au lien social renforcé.

Consommer différemment pour le « monde d’après »

Contraindre plus de la moitié de la population mondiale au confinement aura eu un impact spectaculaire sur l’environnement et les paysages urbains. Les animaux sauvages se réapproprient les villes, les oiseaux chantent avec insouciance, la faune marine est de retour dans les eaux limpides d’une Venise débarrassée de ses immenses paquebots. Ce petit réconfort dans une période douloureuse s’est avéré n’être que de courte durée. Le ciel fut bleu à Pékin, pourtant 9ème ville la plus polluée au monde selon l’OMS. Mais la qualité de l’air a subitement rechuté avec la reprise de l’activité dans le pays. En Inde, où se trouvent 6 des 10 villes à l’atmosphère la plus polluée au monde, pour combien de temps encore l’Everest sera-t-il visible à 200 kilomètres à la ronde ? Y-a-t-il même eu un répit pour la planète ? Au même moment le télétravail s’est développé, notre consommation de divertissement en ligne a explosé. Difficile de se rationner lorsqu’on est confiné … mais en faisant surchauffer les datacenters nous provoquons une pollution invisible. Ces derniers consommeraient 10% de l’électricité produite en France. Le numérique émettrait à lui seul 4% du CO2 mondial, soit autant que l’industrie aéronautique. Le retour à la normale, c’est ce qui est aujourd’hui demandé. Mais à long-terme, qu’est-ce-que cette crise sanitaire pourrait bien changer dans nos habitudes de consommation ? Pour clore ce dossier, nos spécialistes du développement durable et des transitions nous donnent quelques conseils de bon sens. 

Avez-vous des conseils de consommation responsable à partager ?

Dans une optique de consommation raisonnée, les étudiants interrogés sont unanimes : Nous devons transformer notre alimentation en préférant des produits locaux, biologiques, voire en se convertissant au végétarisme comme le suggère Yoann. Pour plus de sobriété et pour réduire ses déchets, il est préférable d’acheter en vrac, de faire ses produits soi-même, de bricoler, de réutiliser ou d’acheter des produits d’occasion. Pour Pascaline, une attention particulière est à porter sur l’éthique des marques. Finalement, mieux vaut refuser le diktat de la « fast-fashion » et acheter moins mais de meilleure qualité, cela pour être plus prudent quant à l’origine des produits, la qualité des matières ou les conditions de travail dans lesquelles ils ont été réalisés. 

Le mot de la fin

Reste à savoir si les préoccupations des français iront dans le sens du changement pour le monde post-pandémie. En temps de crise économique, les positions écologistes peuvent, à tort ou à raison, apparaitre comme celles d’une minorité privilégiée, alors qu’une partie de la société a besoin d’une relance économique rapide pour sauver emploi et pouvoir d’achat. Certains conseils proposés par les étudiants sont pourtant économiques et simples à mettre en place. Désormais, les propositions de la Convention citoyenne pour le climat vont elles aussi venir alimenter le débat public. Reste à espérer que cela se traduise par une réelle prise de conscience et que des actes concrets s’en suivent. Tous les acteurs du changement, entreprises et pouvoirs publics, joueront-ils le jeu ? 

Le monde dont vous rêvez est-il envisageable ?

Le défi collapsologique met à rude épreuve le monde d’après dont rêvent ces sciencepistes caennais. Amère, Pascaline admet que ses espérances lui apparaissent malheureusement utopiques pour le moment. De même, Yoann craint que nous ne puissions pas nous libérer d’un certain égoïsme. Entre subir une autre crise de grande ampleur, ou l’effondrement lui-même, faudra-il être au pied du mur pour que nos décideurs prennent finalement les mesures qui s’imposent ? Fataliste, l’étudiant regrette que certaines normes environnementales aient d’ores et déjà été sacrifiées sur l’autel d’une reprise économique qui pourrait étrangement ressembler à celle du monde d’avant … 

Par Clément Lechat

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