« Fini les applaudissements, place aux rassemblements ! »
Suppression de lits (5,3%, soit 17 500 en six ans, dont 4 000 par Emmanuel Macron au début de son quinquennat), manque de personnel et d’équipements dans un souci de rationalisation et de retour à l’équilibre des comptes de la sécurité sociale, pénurie de masques de protection et de test de dépistage… La crise du Covid a permis de mettre en évidence l’état critique de l’hôpital public, et de débloquer des moyens depuis longtemps revendiqués par le personnel soignant. En effet, si Agnès Buzyn a dégelé 415 millions d’euros suite aux grèves du personnel hospitalier à l’automne 2019, son successeur en tant que ministre de la santé, Olivier Véran, dégèle à son tour 260 millions d’euros début mars face à la crise du Coronavirus, et un « Ségur de la santé » a été lancé par le gouvernement afin de repenser notre système de santé. Mais cette crise sanitaire permettra-t-elle de mettre un terme au démantèlement de l’hôpital français et d’inverser la tendance ?
Mardi dernier les « héros en blouse blanche », au premier rang pour lutter contre la pandémie et applaudis tous les soirs à vingt heures, ont manifesté pour un développement des moyens alloués et notamment une revalorisation de leurs salaires à la hauteur de ce qu’ils apportent à la société, qui témoignerait d’une véritable reconnaissance de leur métier.
Des manifestations dans toute la France
Ce mardi 16 mai, plus de 250 rassemblements ont réuni médecins, aides-soignants et infirmiers dans toute la France, cherchant à mettre à profit le soutien engrangé auprès de la population pendant la crise sanitaire afin d’obtenir des avancées pour les salariés des hôpitaux et établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad). Ces manifestations, les premières autorisées depuis confinement, étaient plus fournies que celles du 14 février (dernière grande mobilisation pour l’hôpital). On comptait ainsi selon la police 18 000 personnes à Paris, 7 500 à Toulouse, 6 000 à Lyon, 5 500 à Nantes…
Un personnel soignant sceptique face au « Ségur de la Santé »
Ces manifestations avaient également pour but de rappeler au gouvernement ses promesses et témoignent d’un certain scepticisme face au « Ségur de la santé ». Ainsi pouvait-on lire, sur des banderoles du cortège parisien : « Blouses blanches, colère noire », « Le futur n’est pas le Ségur ». Cette concertation, lancée le 25 mai par le premier ministre Edouard Philippe, doit aboutir début juillet à des propositions concrètes pour refonder le système de santé français. Néanmoins encore aucun chiffre n’a été proposé, notamment pour hausses de salaires, et beaucoup déplore une absence de transparence dans la conduite des travaux. Si le premier ministre a déclaré « entendre parfaitement » les revendications des soignants, et promet une réponse « très massive et significative », le collectif Inter-hôpitaux, pour qui la méthodologie du Ségur pose problème, appelle à des « réponses concrètes ». Le syndicat SUD Santé, quant à lui, a quitté la concertation et « dénonce une vaste opération de communication ». Plusieurs autres menacent de partir, bien qu’Olivier Véran, pour qui des avancées sont en cours, se veuille rassurant. Jeudi 18 juin des annonces concrètes doivent être faites sur les revalorisations salariales, dont la suite de la mobilisation dépendra. Néanmoins, pour tous le gouvernement doit prendre ses responsabilités avant les municipales, et de nouvelles mobilisations sont d’ores et déjà programmées le 30 juin et 14 juillet.
L’interpellation d’une infirmière suscite la polémique.
La manifestation à Paris a également été marquée par l’intervention de casseurs après l’arrivée du cortège sur l’esplanade des Invalides, ainsi que des heurts avec la police.
Par ailleurs une infirmière a été interpellée en marge de ces manifestations pour outrage et jets de projectiles sur les forces de l’ordre, suscitant polémique sur réseaux sociaux. Plusieurs vidéos de circulent, certaines montrant cette femme en blouse blanche jeter des projectiles en directions des forces de l’ordre, d’autres où on peut la voir interpellée sans ménagement par les policiers suite aux accrochages sur l’esplanade des Invalides, et sur lesquelles on l’entend réclamer sa ventoline. On peut ainsi questionner la cohérence entre cette interpellation et la « reconnaissance » pour les soignants évoquée par Emmanuel Macron dans ses discours.
Ainsi, si la crise du COVID-19 a permis une ouverture dans la gestion de l’hôpital français, à travers la mise en œuvre et l’allocation de moyens supplémentaires ainsi qu’une reconnaissance du personnel soignant, le monde d’après de l’hôpital français, qui risque fortement de ressembler à celui d’avant, dépend de l’issue de ces nouvelles mobilisations.
Ismäel Dalmas