Tchernobyl, Coronavirus, un retour de volée dans le visage de nos systèmes occidentaux.

C’est à cœur joie que les démocraties occidentales dénonçaient l’incapacité du système soviétique à faire face à la crise de Tchernobyl en 1986. Pour beaucoup d’historiens, cet évènement marqua l’irréversibilité du déclin de l’URSS et de nombreux occidentaux ne se privèrent pas d’extrapoler l’échec de la gestion soviétique de la crise à l’échec du système d’un possible modèle communiste. Mensonges de l’État, décisions contradictoires, hâtives, inefficaces et légères, sacrifices de citoyens et incapacité à réellement saisir l’ampleur du problème figurent parmi les trop nombreuses accusations que l’on peut porter en effet aux décideurs soviétiques en cette période d’avril à décembre 1986.

Avec du recul, il est évident que cela parait dangereux de s’aventurer sur le pont branlant de la comparaison entre la gestion de la crise de Tchernobyl et celle du Coronavirus. Néanmoins, les deux crises ont des conséquences sanitaires et économiques qui ont marqué – et marqueront – nos sociétés et les livres d’histoire. Et les deux nécessitent une protection particulière de la population. On peut alors se dire que, du haut de leurs moqueries et accusations, les démocraties occidentales ont su apprendre des erreurs de l’URSS dans la gestion d’une telle crise sanitaire, ou mieux – et c’est peut-être l’idée qu’elles en ont gardé, qu’elles n’en ont pas eu besoin car sont assez matures et efficaces institutionnellement pour faire face à ce genre de crise. Mensonges de l’État, décisions contradictoires, hâtives, inefficaces et légères, sacrifices de citoyens et incapacité à réellement saisir l’ampleur du problème figurent parmi les trop nombreuses accusations que l’on peut porter en effet aux décideurs soviétiques en cette période d’avril à décembre 1986. Je tiens à répéter cette phrase car, hormis peut-être les mensonges de l’État, on se rend compte qu’un parallèle est faisable entre la gestion de la crise du Corona actuellement dans les pays européens et la gestion de la crise de Tchernobyl par l’URSS. Cela ressemble à un retour de bâton du Gorbatchev moqué dans les dents de notre Europe.

En 1997, Svetlana Aleksievitch écrivait « La Supplication ». Cet essai se base sur un ensemble de témoignages de personnes de la société civile ayant vécu la crise : politiciens, médecins, physiciens, simples citoyens ou liquidateurs. Ces derniers, froidement nommés, sont les citoyens consciemment envoyés à la mort par les décideurs soviétiques pour sécuriser le périmètre de Tchernobyl, dans des combinaisons peu adaptées à la dangerosité des radiations pouvant monter à des mesures irréelles. Bien sûr, le coronavirus ne propose pas une mort aussi certaine et douloureuse que les radiations, mais le gouvernement français prend des décisions semblables en désignant des personnes « au front » : les médecins ou aides-soignants surmenés par les conditions, déplorant le manque d’équipement que l’État devrait fournir, notamment des masques et du gel hydroalcoolique en quantités illimitées. De par la fatigue de ce surménage et l’exposition certaine au virus sans une protection optimale que l’État se doit de leur apporter en priorité – avant les magasins de grande distribution par exemple, les médecins et aides-soignants se retrouvent à leur tour « au front » à être les plus atteints par le virus.

Le ministre M. Blanquer martelait l’après-midi du 12 Mars qu’il n’y avait aucune raison de fermer les écoles, et un mois plus tôt Agnès Buzyn scandait qu’il n’y avait aucun risque : ce virus resterait confiné à Wuhan. Heureusement que nos politiques sont conseillés par des équipes de scientifiques qui ont sur le champ tiré la sonnette d’alarme après chacun de ces propos, poussant M. Blanquer à fermer les écoles le soir même de sa déclaration contradictoire. Cette déconnexion de la réalité n’est pas sans rappeler celle de Gorbatchev au lendemain du 26 avril 1986 lorsque les plus éminents scientifiques lui supplièrent de faire évacuer la zone dans un rayon de 100 kilomètres autour du réacteur n°4. Gorbatchev n’accepta que 30. On peut au moins reconnaitre au gouvernement français qu’il a fortement réduit le laps de temps entre les principaux conseils des scientifiques et leur application. Néanmoins, il reste encore beaucoup de demandes de médecins qui ne sont pas écoutées, notamment réserver les approvisionnements en masques et gel avant tout aux hôpitaux. Aujourd’hui, comment expliquer que du gel est disponible à l’entrée de certaines enseignes de grande distribution alors que même les hôpitaux doivent rationner leur personnel ?

Ou encore, dans un autre registre, pourquoi revenir sur la décision du confinement total pour déclarer que les citoyens ne pouvant remplir leurs tâches en télétravail sont autorisés à continuer à se rendre sur leur site de travail ? Le gouvernement sait très bien que cela entrainera un confinement des cols blancs et une exposition accrue des cols bleus au virus. Mais non, il faut soutenir la production et rien ne doit arrêter le système capitaliste, même si la France a largement la capacité de répondre aux besoins de sa population pendant plus de temps que durera le coronavirus. Je ne souhaite même pas évoquer la Grande Bretagne et sa stratégie d’immunité collective ayant pour but de limiter la perte de croissance britannique malgré les cris de danger des scientifiques qui annoncent jusque 500 000 morts dans le territoire si Boris Johnson ne revient pas sur sa décision d’inaction. S’il y a bien une chose que l’on ne peut reprocher aux soviétiques, c’est que pour eux, une vie valait plus qu’un profit.

Publié par constancemilo

Etudiante à SciencesPo Rennes.

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